Routine*

gare

6 :00 La lumière bleuit lentement dehors et vient éclairer les murs blancs de la chambre. Il a fallu du temps pour qu’il fasse à nouveau jour à cette heure-ci et que les ténèbres cessent d’attendre 7 :30 pour se dissiper. Il fait encore frais, hors des couvertures ; cela ne donne pas envie de se lever. Le fil d’actualité de Twitter me brûle les yeux avec son fond blanc ; les messages se suivent et se ressemblent. Arrête de procrastiner, sors de là.

6 :30 L’air est frais dehors, le paysage encore humide, après une nuit d’averse. Je longe ce chemin que je connais par cœur, en écoutant « Pentagruel » et ce cher Lucas raconter son classement. Ah la magie du Podcast ! Aujourd’hui, il parle de chevaliers mythiques et de Perceval qui a un cheveu sur la langue (et qui a perdu son cheval). Moi, c’est mon regard que je perds, à l’horizon. Comme souvent le matin, ces derniers temps, le ciel a pris une très belle couleur et la lumière n’a rien de terne. J’arrive à la gare et je m’aligne le long du quai, dans l’attente d’un de ces bons vieux omnibus, me joignant au flot de pendulaires lambda, qui sont tous attendus quelque part. Moi aussi, j’aimerai bien que quelqu’un m’attende quelque part.

6 :56 Le cheminement du pendulaire moyen n’a rien de particulièrement passionnant. Après avoir grimpé dans un compartiment, presque au pas de course, il trouve une place assise, exactement au même endroit, dans un carré de quatre places, contre la fenêtre et dans le sens de marche. S’il s’assied toujours ici, dans le compartiment qui est séparé en deux par la première classe, c’est parce qu’il sait que c’est stratégiquement malin de le faire. Il sera plus près des escaliers pour descendre dans le passage sous voies, une fois arrivé à sa destination. C’est aussi parce que le paysage côté lac est plus intéressant à regarder que celui côté Jura. Quant au sens de marche, eh bien, c’est la meilleure des solutions pour éviter de se faire éblouir par le soleil levant.

7 :16 Le pendulaire lambda, toujours assis à la même place et qui a été rejoint par quelques compagnons de voyages, sort ses écouteurs et enclenche la radio. Il est l’heure de son émission préférée. Elle ne dure pas très longtemps, puisqu’il retire ses écouteurs assez rapidement après les avoir mis ; disons, deux ou trois minutes plus tard. Mais il a beaucoup souri pendant ces quelques minutes ; ce qu’il écoute doit être drôle ou la voix de la journaliste doit être agréable à écouter. Ou bien les deux, au final. Il prend le mug-thermos devant lui et boit une gorgée. Difficile de savoir ce que c’est, ça ne sent pas le café et le mug n’est pas transparent. Peut-être du thé. Peut-être même du thé au lait, vu la couleur d’une goutte de liquide restée en équilibre précaire sur le couvercle du mug.

7 :39 Le pendulaire s’est levé dès l’immobilisation du train, il a pris ses affaires et je l’ai perdu de vue. Il ne me restait plus qu’à descendre parmi la foule grandissante et encore mal réveillée. Après avoir usé d’une importante concentration pour adopter le rythme collectif de descente des escaliers, il faut encore zigzaguer entre les gens qui ne savent pas où ils vont dans la gare, ceux qui le savent et qui foncent vers leur objectif avec détermination, et les autres, qui eux aussi tentent d’éviter les deux premières catégories d’individus.

7 :44 Un spectacle étrange, et auquel je n’ai assisté que dans de très grandes villes (ou dans des villes dont les transports en commun sont vraiment bien développés), s’offre à moi, comme tous les matins, en fait : la course folle jusqu’au tram ou bus, au détriment de toutes les règles de sécurité et de survie applicables à l’être humain normalement constitué. La ruée du pendulaire lambda vers ce que l’on peut imaginer être « le tram de la dernière chance » ; tram qu’il rate une fois sur deux, même après avoir pourtant évité de justesse de se faire écraser par un bus, un taxi, un vélo et une vieille dame en fauteuil électrique. Il est maintenant tout essoufflé, sa cravate est de travers et il appuie comme un forcené sur le bouton d’une des portes du tram ; tram qui, comme par hasard, sonne d’un « gling » aigu et s’en va en snobant le pendulaire. Il ne lui reste plus qu’à jeter un long soupir agacé, suivi d’un regard sur 180 degrés, pour chercher un coin où se caler pour attendre le tram suivant.

Un nouveau flot de passagers arrive, délivré par un autre train et déversé dans la gare déjà pleine à craquer. D’autres pendulaires jouent les héros de films d’action et se précipitent entre deux voitures et un camion. Sont fous ces gens… et la journée est loin d’être finie !

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