Et si c’était à l’école d’apprendre aux enfants à s’informer correctement sur le Web ?

Cette question est aujourd’hui à nouveau d’actualité (enfin, elle n’a jamais vraiment cessé de l’être, il me semble), notamment avec la décision prise par le canton de Vaud de supprimer l’heure d’informatique hebdomadaire dispensée aux élèves de 7ème et 8ème années HarmoS, à la rentrée 2015. Cependant, même si l’informatique reste présente dans le cursus, puisqu’il se transforme en outil à utiliser dans d’autres branches, comme les langues ou les sciences humaines, peut-on vraiment dire que cela soit suffisant ?

Pour certains, oui et c’est même une meilleure méthode d’enseignement, puisqu’elle permet aux élèves d’utiliser l’informatique dans un certain contexte. Certes… Mais l’enseignant de géographie lambda et celui d’anglais sont-ils formés pour apprendre à leurs élèves à utiliser correctement des ressources informatiques ?

On pourrait également penser qu’il est inutile de continuer à donner des cours d’informatique aux jeunes d’aujourd’hui, puisque après tout, ce sont des Digital Natives et qu’ils ont cela dans le sang… Cela m’a fait mal d’écrire cette phrase tant elle est fausse. Non, les Digital Natives ne sont pas de petits as de l’informatique à qui les spécialistes n’ont plus rien à apprendre.

D’ailleurs, c’est quoi un Digital Native ?

Un Digital Native est une personne née avec le numérique, qui a grandi avec et a donc une certaine facilité à s’y adapter. Ce concept s’oppose à celui de Digital Migrants, autrement dit, les personnes qui ont vu naître le numérique, mais ont aussi connu l’analogique et doivent aujourd’hui s’adapter aux nouvelles technologies.

Pour petit rappel, le Web a été créé au CERN par Tim Berners-Lee en 1989 et a connu une grande expansion à partir de 1993, avec l’arrivée du navigateur web NCSA MOSAIC suivi en 1995 par son petit frère Netscape Navigator.

Les Digital Natives sont donc nés dans ces eaux-là et ont pu utiliser très jeunes des ressources numériques. Comme je le disais un peu plus haut cela dit, cet apprentissage précoce ne les rend pas meilleurs que les autres dans les nombreux domaines couverts par l’informatique, puisqu’une grande partie d’entre eux ne fait qu’utiliser les médias sociaux (Youtube, Facebook,…) et faire de la recherche d’information sur Google. On appelle cela des « Lifestyle skills » (Cassely 2015). Évidemment, à notre époque, c’est bien utile de savoir faire tout cela et d’avoir un bon réseau, mais là où le bât blesse, c’est lorsque l’on se rend compte du manque de précautions que prennent ces jeunes, non seulement face aux dangers du Web et aux données personnelles qu’ils disséminent sur les réseaux sociaux, mais également face aux mauvaises informations qui circulent sur la toile.

Dans un monde où les jeunes passent toujours plus de temps sur Instagram, Facebook ou Snapchat, et partent du principe que le premier résultat d’une page Google est forcément la vérité absolue, l’école se doit d’intervenir. Après tout, n’est-ce pas à l’école que l’on acquiert les connaissances nécessaires pour devenir un citoyen (ou une citoyenne, ne soyons pas machiste) responsable, que l’on développe son sens critique face à diverses problématiques et que l’on élargit son champs de vision ? Il me semble pourtant que si…

A tous ceux qui diront « Mais ce n’est pas possible, nous n’avons pas le temps d’enseigner cela », je réponds : le temps, ça se prend. Quand j’étais à l’école, on nous enseignait bien à dactylographier et à faire des dessins sur « Vectoriel », je pense qu’on peut se permettre de remplacer ces cours par quelque chose d’un peu plus utile (et non, je ne parle pas de les remplacer par une autre branche), comme un cours de sensibilisation aux dangers du Web, à l’utilisation des médias sociaux et à l’évaluation de l’information, pour commencer. Ensuite, il est évident que cela ne ferait pas de mal d’enseigner aux enfants les bases du traitement de texte, et pourquoi pas, en utilisant un logiciel libre comme LibreOffice, au lieu de Microsoft… Mais ces compétences sont souvent enseignées plus tard, notamment au gymnase (enfin, dans mes souvenirs en tout cas).

Et oui, sensibiliser des élèves à une utilisation correcte du Web, c’est faisable ! En juillet dernier, Magali Philip nous présentait, dans un de ses derniers Sonar, le cas d’une enseignante française ayant mis en place un programme avec ses élèves (âgés de 10 à 11 ans). Ils ont notamment appris à reconnaître une véritable information d’une intox, à retrouver la source d’une photographie ou encore ne pas se laisser berner par l’apparence très sérieuse d’un site qui fournit de fausses informations. D’après l’article (Farinella Elkabbach 2015) qui relate cette aventure, les élèves y ont trouvé beaucoup de points positifs et sont dorénavant bien mieux armés pour leurs futures recherches en ligne.

Pour ma part, je pense que c’est une question de bon sens. Dans un monde comme le nôtre, en évolution constante, l’enseignement se doit lui aussi d’évoluer en fonction des besoins de la population. Les enfants d’aujourd’hui seront les adultes de demain, et s’ils ne sont pas formés pour appréhender de manière critique le monde qui les entoure, que se passera-t-il ?

Enfin, pour conclure, je vous glisse ici trois petites règles très simples pour évaluer l’information trouvée sur Internet (la référence du document complet se trouve dans la bibliographie (Berthet 2011)).

Le contenu :

  • Est-il fiable ? Objectif ? Bien rédigé et complet ?

L’auteur :

  • L’auteur de l’information est-il reconnu dans son domaine ? L’info provient-elle d’un site officiel, identifié et compétent dans ce domaine ?

Les mises à jour :

  • L’information est-elle datée ? Y a-t-il une mise à jour récente du site, de la page ou du document ?

Si vous avez des réponses positives à toutes ces questions, alors vous pouvez déjà partir du principe que votre information est relativement fiable, mais comme toujours, restez prudents et critiques !

Merci d’avoir lu ce billet et à bientôt !

L-A

Bibliographie

BERTHET, Catherine, 2011. Évaluation de l’information présente sur Internet. Sapristi !. 25 octobre 2011.

CASSELY, Jean-Laurent, 2015. La fracture numérique existe aussi chez les « digital natives ». Slate.fr [en ligne]. 19 janvier 2015. [Consulté le 7 septembre 2015]. Disponible à l’adresse : http://www.slate.fr/story/96995/fracture-numerique-existe-aussi-digital-natives

DUVILLARD, Laureline, 2014. Le canton de Vaud tire un trait sur les cours d’informatique. 24heures [en ligne]. 2 juin 2014. [Consulté le 7 septembre 2015]. Disponible à l’adresse : http://www.24heures.ch/vaud-regions/Le-canton-de-Vaud-tire-un-trait-sur-les-cours-d-informatique/story/12288196

FARINELLA ELKABBACH, Rose-Marie, 2015. Théorie du complot, intox… J’éduque mes élèves à discerner les vraies infos sur le net. Le Nouvel Obs [en ligne]. 22 juin 2015. [Consulté le 7 septembre 2015]. Disponible à l’adresse : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1388914-theorie-du-complot-intox-j-eduque-mes-eleves-a-discerner-les-vraies-infos-sur-le-net.html

JOURDAN, Camille, 2014. Pourquoi l’éducation nationale patine sur le numérique. Les inRocks [en ligne]. 13 novembre 2014. [Consulté le 7 septembre 2015]. Disponible à l’adresse : http://www.lesinrocks.com/2014/11/13/actualite/ordinateurs-tablettes-lecole-les-plans-numeriques-essuient-les-echecs-11535262/

Sonar: et si l’école apprenait aux enfants à s’informer sur le web? [émission de radio]. Le Journal du matin [en ligne]. 1er juillet 2015. [Consulté le 7 septembre 2015]. Disponible à l’adresse : http://www.rts.ch/la-1ere/programmes/sonar/6890805-et-si-l-ecole-apprenait-aux-enfants-a-s-informer-sur-le-web-01-07-2015.html?f=player/popup#t=2s

TOURRET, Louise, 2014. Un prof critique la politique numérique de l’Education nationale et ferme son blog. Slate.fr [en ligne]. 25 novembre 2014. [Consulté le 7 septembre 2015]. Disponible à l’adresse : http://www.slate.fr/story/93895/education-numerique-censure

Une réflexion sur “Et si c’était à l’école d’apprendre aux enfants à s’informer correctement sur le Web ?

  1. Daniel

    Effectivement, ce serait une idée plus qu’intelligente… à croire qu’il a fallu aller étudier les sciences de l’information pour avoir enfin un enseignement sur l’utilité de l’évaluation de l’info !

    Aimé par 1 personne

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