L’autre côté du papier peint

7 :00. Un bruit répétitif et rythmé me tire de ma torpeur matinale. De l’autre côté de la paroi, j’entends un soupir et le bruit s’arrête. Je me retourne dans mon lit en grognant légèrement et enfonce mon visage dans les coussins jusqu’à ne plus pouvoir respirer. J’entends le sang qui cogne contre mes tempes et je finis par relever la tête, tout en me redressant. A l’extérieur, la lumière pâlit de plus en plus et je sais qu’il est bientôt l’heure de me lever, même si mon réveil n’a pas encore sonné. C’est juste celui de la fille de l’appart’ d’à côté qui a brisé le silence. Je me frotte les yeux, distinguant le murmure de la radio à travers le papier peint. A cette heure-ci, ce doit être les infos ou une de ces courtes émissions qu’ils nous passent et dont on ne saisit souvent pas grand-chose, à cause de la brume qui capitonne nos neurones. Je reste un moment dans mon lit, fixant le rideau bleu pâle, tout en tentant d’aligner deux pensées à la suite.

7 :21. Le murmure de la radio s’est soudainement tu et mon réveil sonne, me faisant sursauter. Je sors finalement de mon lit et file à la salle de bain. Lorsque je reviens, je m’habille, fouillant dans mon placard à la recherche d’une paire de chaussettes digne de ce nom, tandis qu’à côté, l’eau coule toujours. Elle se lave les cheveux probablement. C’est en entendant le foehn se mettre en marche que je comprends avoir vu juste.

7 :40. J’allume la bouilloire et attends que l’eau chauffe, tout en lisant les dernières infos parues sur Twitter. Des articles passent dans mon fil d’actualité sans que je ne les lise. Je décortique juste les titres, alors que le toaster fait sauter deux tranches de pain hors de son ventre et les projette sur la table de la cuisine. L’eau est chaude et je la verse dans une tasse-thermos pour que mon thé infuse. A côté, le gargouillis d’une cafetière italienne me signifie qu’elle prépare son café matinal. J’espère qu’elle aura le temps de le boire. Je mords dans une de mes tartines grillées, jetant un coup d’œil à l’horloge du micro-onde, puis me lève pour retirer le sachet d’English Breakfast de ma tasse, rajoutant du sucre et un schlouk de lait. Je remue le breuvage et ferme le couvercle du gobelet adiabatique. Derrière le papier peint, je l’entends faire la vaisselle. Elle a été rapide.

7 :55. J’avale ma dernière bouchée de toast et fonce à la salle de bain pour me brosser les dents. Je dois partir dans moins de cinq minutes si je veux avoir le bon tram. Après un dernier coup d’œil dans le miroir, j’enfile ma veste d’entre-saison et une paire de Converse. Mon sac vient presque de lui-même se caler sur mon épaule et j’attrape mon thermos de thé. J’éteins la lumière et m’apprête à sortir lorsque je réalise que je ne trouve plus mes clés. La lumière se rallume et je me mets à chercher. Au moment où je retrouve mon trousseau, j’entends la porte d’à côté se refermer et l’ascenseur s’ouvrir. Je me dirige vers ma porte, sors de mon appart’ et le ferme à clé, après quoi je réalise que l’ascenseur vient d’entamer sa descente.

8 :02. Je suis en retard. Du moins, à deux minutes d’être bien dans mon timing. Je descends les escaliers avec un peu de précipitation et me retrouve en bas au même moment que l’ascenseur. Elle en sort et je m’arrête au dernier moment, pour ne pas lui rentrer dedans. Mon arrivée brutale la fait sursauter et je m’excuse auprès d’elle. Elle me dit que ce n’est pas grave et me fait un petit sourire, que je lui rends. Nous nous regardons un instant, elle et ses cheveux mi-longs, sa veste d’automne noir et ses yeux English Breakfast, et moi, les cheveux faussement en bataille, le col de ma chemise mal mis et mon Eastpack sur l’épaule droite. Nous ne disons rien du tout et j’oublie soudainement que mon tram va bientôt arriver de l’autre côté de la rue, et qu’il faut que je me dépêche. Puis, elle jette un coup d’œil à son téléphone et me lance « Il faut que j’y aille », indiquant la porte d’un geste de la main, avant de me souhaiter une belle journée et de se diriger vers la sortie. Je tourne la tête dans la même direction, mais me heurte au battant de la porte qui se referme et je me fige un instant, avant de reprendre mes esprits et d’emboîter le pas de la fille qui vit de l’autre côté du papier peint.

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