Media Log, Episode II

Il y a deux semaines, je vous expliquais que je devais réaliser un travail pratique pour un cours de sociologie, dans le cadre de mes études à la HEG. Il s’agissait d’observer et de consigner toutes nos habitudes d’utilisation des médias (et par “médias”, le prof entendait surtout des supports et non des services). Mes camarades et moi avions donc des grilles différenciées pour chaque média et devions les remplir au fur et à mesure de la semaine. Les trois premiers jours de l’expérience, il s’agissait d’utiliser les médias comme à notre habitude, puis les deux jours suivants, de se passer de notre média préféré.

Cependant, comme je l’avais expliqué dans mon article précédent (Media Log, Episode I), il m’était relativement difficile de savoir ce dont je devais me passer exactement, étant donné que le média que j’utilise le plus dans ma vie est le web et que le web est un service et non un support ; je le consulte cela dit presque continuellement sur mon smartphone… Si vous vous souvenez bien de « Media Log, Episode I », vous saurez aussi que j’avais alors décidé de me passer de mon ordinateur (car il n’existait pas de catégorie « smartphone » parmi les médias proposés dans le TP) et de m’empêcher d’utiliser le web sur mon smartphone pendant les deux jours d’abstinence requis par l’expérience.

J’ai cela dit changé de cap après avoir discuté avec un des assistants de la HEG, réalisant qu’il était tout à fait possible de me passer quand même de mon smartphone et de m’interdire certaines activités sur mon ordinateur, pour diminuer mon utilisation du web. Ainsi, j’ai passé deux jours en obéissant aux règles suivantes :

  • Plus de smartphone, mais reprise de mon vieux Nokia pour rester joignable en cas d’urgences, et de mon iPod pour pouvoir écouter de la musique quand même.

  • Plus de réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Tumblr, LinkedIn).

  • Plus de recherche en ligne si elle n’était pas directement liée à mes cours.

  • Plus d’applications de messageries du type de Whatsapp ou Telegram (sauf exceptions liées aux cours).

  • Accès aux mails uniquement pour les cours et pour communiquer avec mes parents en vacances cette semaine-là.

Alors que dire de cette expérience ?

Eh bien, tout d’abord, je dois avouer que ça a été relativement intéressant et enrichissant. En ce qui concerne les trois premiers jours où je devais utiliser les médias normalement et noter tout ce que je faisais, j’ai pu remarquer certaines choses : tout d’abord, l’expérience a malheureusement quelques biais qui sont très humains.

Le premier est qu’il est fastidieux d’indiquer chaque utilisation que l’on fait des médias utilisés au quotidien, surtout quand ils sont nombreux! Je me suis rapidement restreinte dans mes envois de Whatsapp ou Telegram, par flemme de devoir ensuite les répertorier un par un. A l’inverse, sachant que je n’aurais pas accès à Twitter pendant deux jours, mon activité sur ce réseau social a augmenté pendant les trois premiers jours du TP. Ainsi, j’ai posté six tweets en trois jours, ce qui ne m’arrive presque jamais (en moyenne, je poste plutôt un tweet toutes les deux semaines, et encore).

Un autre biais est que, sachant que l’on s’observe dans nos activités quotidiennes, on a rapidement envie de faire les choses bien et de montrer que non, on ne passe pas sa journée sur son ordinateur. Ainsi, je me suis retrouvée à lire bien plus que ce que je n’en ai l’habitude (j’ai fini un bouquin en quatre jours, ça ne m’arrive jamais !) et j’ai fait un puzzle (ça non plus, je ne le fais jamais !). Ce changement de types d’activités est aussi lié à l’absence de mes parents, partis en vacances pendant la semaine ; étant seule, j’en ai profité pour écouter la radio durant mes repas par exemple (ce que je ne fais que rarement et en tout cas pas lorsqu’il y a du monde à la maison). Mais entrons un peu plus dans le vif du sujet, voulez-vous.

Trois premiers jours : entre vie normale et anticipation du chaos

Après ces trois jours d’observation, une de mes conclusions principales est que je ne suis pas capable de faire une seule chose à la fois, sauf s’il s’agit de lire (et encore, souvent je lis en écoutant de la musique pour masquer le bruit de fond des conversations des autres pendulaires durant les trajets entre Lausanne et Genève). Si cela peut sembler problématique, j’ai cependant remarqué que je pouvais mettre cette découverte à profit, en occupant une partie de mon cerveau à une tâche assez mécanique (colorier ou faire un sudoku) pour me permettre de rester attentive lors de certains cours. Et ça marche !

Une autre conclusion est que je suis tout à fait dépendante de l’immédiateté de l’information. L’idée est qu’ayant un smartphone et donc une connexion à Internet constante, dès que je m’interroge, je vais chercher l’information sur le net. Ainsi, j’accède dans la minute qui suit mon questionnement à une réponse plus ou moins satisfaisante. Cela va d’une simple recherche d’horaires de train à une citation ou une vérification orthographique. Mon smartphone prend du coup le rôle d’interface entre l’information (censée satisfaire ma curiosité) et mes interrogations constantes. Et quand on y est habituée depuis trois ans, devoir d’un coup s’en passer fait un choc.

Deux jours sans smartphone : du choc au soulagement

Quand j’ai annoncé à ma famille que je devais passer deux jours sans smartphone, ils m’ont tous dit : « Mais comment tu vas faire ?? » et honnêtement, je me posais la même question. En grande mordue du contrôle que je suis, je perdais ce que je croyais être ma seule possibilité d’être au courant de tout, tout le temps, et de rester en lien avec mes amis et ma famille. J’avais donc anticipé la chose, trouvant une issue de secours pour rester atteignable tout de même, grâce à mon vieux Nokia et m’octroyant le droit de consulter une à deux fois par jour mes mails.

Rapidement cela dit, je me suis heurtée aux limites de la technologie de mon ancien téléphone et surtout, à mes propres limites. Une fois ma carte SIM changée d’appareil, j’ai eu un instant de doute : comment allume-t-on un Nokia déjà ? Comment écrit-on des SMS sur ce clavier physique ?

tweet_medialogPassé ce premier choc et cette phase d’adaptation, les choses se sont assez bien déroulées. Si j’étais un peu déçue au début de ne pas pouvoir être autant que je le voulais en contact avec mes amis via les messages, j’ai cependant rapidement trouvé agréable d’avoir si peu de distractions imposées par le petit boîtier rangé dans ma poche de jean. On s’habitue vite au calme et à l’absence intempestive de messages instantanés. Pour vous donner un exemple, mon smartphone a reçu/envoyé (on ne fait pas de distinction pour le TP) un peu moins de 400 messages instantanés (sur plusieurs applications différentes) en trois jours. Je savais que j’échangeais beaucoup via ce type d’applications, mais je ne pensais pas que c’était à ce point-là. Et honnêtement, ça fait peur. En comparaison, durant les deux jours sans smartphone, je n’ai envoyé que 24 SMS.

Cette tranquillité ou disons plutôt cette absence de parasites de l’immédiateté a été une réelle bouffée d’air frais. J’avais oublié, depuis le temps, ce que ça faisait de ne pas avoir à répondre à des messages au milieu d’un cours, ou d’avoir droit à un trajet de train sans interruption ou distraction autres que celles que je voulais bien m’offrir (comme de la musique ou un livre).

Pendant ces deux jours, j’ai eu l’esprit beaucoup plus tranquille et serein qu’habituellement. J’ai aussi perdu beaucoup moins de temps ; le temps que je passais à me perdre sur Twitter ou à errer sur Facebook, à sauter d’hyperlien en hyperlien sur le web, je l’ai mis à profit pour d’autres activités, comme passer du temps avec des amis ou mes grands-parents, lire, écouter la radio, et parfois aussi, me coucher plus tôt ! Et je m’y suis faite… Samedi matin, en rallumant mon smartphone pour la première fois depuis deux jours, j’ai ressenti à nouveau ce petit stress qu’implique le fait d’être atteignable constamment et par de nombreux biais. Et comme vous pouvez le voir sur l’image ci-contre, le retour à la réalité n’a pas loupé :

Après toute cette expérience, mon envie d’aller plus loin sur cette voie est encore plus forte qu’il y a quelques semaines. J’ai en effet depuis un bon moment envie de passer une semaine entière sans écran, pour essayer un maximum de m’affranchir de la technologie et déconnecter de ce monde de fou qu’est le nôtre. Je pensais que Media Log serait une expérience relativement difficile à réaliser et je rechignais à me lancer dans l’aventure de peur que tout cela ne me décourage… En réalité, c’est tout le contraire. L’autre jour, c’était plutôt l’obligation d’allumer mon smartphone qui me décourageait…

capture_medialog

Nul doute en tout cas que cette expérience a changé considérablement ma manière de voir la technologie et qu’il y a des chances pour que je me mette à l’utiliser différemment, quitte à reprendre de temps en temps ce bon vieux Nokia 🙂

Merci d’avoir lu ce billet et au plaisir,

L-A

2 réflexions sur “Media Log, Episode II

  1. Bessi Emmanuelle

    Bravo pour l’expérience.
    Bravo pour la rigueur.
    Bravo pour l’introspection.
    Bravo pour l’analyse.
    Et bravo pour ta solidarité avec ton ancien ami de poche, ton vieux Nokia.

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  2. Ping : Foller.me on Twitter ? | ébauche d'ID

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