Madame Bâ

Qui me connaît un peu sait que j’aime lire des livres qui portent sur des thématiques ou des lieux qui m’intéressent ou me touchent. Je ne choisis en général pas mes lectures au hasard et si elles peuvent résonner en moi, c’est encore mieux. Un personnage principal qui n’est pas un homme blanc, hétéro et cisgenre ? You’ve got me (ce n’est pas une surprise si vous avez lu les trois billets précédents). Une histoire qui se passe dans un pays visité ou qui m’attire ? I’m your girl. Une possibilité de s’ouvrir davantage au monde ? I’m in.

Madame Bâ ne fait pas exception. Ce livre raconte l’histoire de Marguerite Bâ, née Dyumasi, à Médine (cercle de Kayes, au Mali) en 1947, sous la forme d’une lettre adressée au Président de la République Française. Madame Bâ souhaite en effet obtenir un visa pour la France, afin d’aller retrouver son petit-fils, Michel, qui y est parti pour devenir footballeur professionnel. Sa précédente demande auprès de l’ambassade de France à Bamako ayant été rejetée, elle a décidé de viser plus haut. Au fil des pages, nous suivons l’histoire de la vie de Madame Bâ à travers les questions posées par le formulaire 13-0021 de demande de visa.

Le récit semble simple, rectiligne, comme un formulaire à remplir. Les questions sont directes et univoques. Que peut-on remplir d’autre que son nom et son prénom dans les cases « Nom et prénom » d’un formulaire ? Pourtant, pour Madame Bâ, la réponse est tout sauf simple, et au fur et à mesure que les questions sont posées, les réponses se font de plus en plus longues, mais finissent toujours par atteindre leur but. On y découvre ainsi comment Madame Bâ est née et a grandi au bord du fleuve Sénégal, comment elle a rencontré son mari et fait en sorte que ce dernier devienne conducteur de train sur la fameuse ligne « Bamako – Dakar », mais également comment son petit-fils est parti en France.

Petit à petit, chapitre après chapitre, on se laisse emporter par la chaleur du Mali, par le courant du fleuve Sénégal et par la beauté des paysages. On sent le soleil sur sa peau, on voit la poussière se soulever à chaque pas et on flaire l’odeur du gasoil propulsant les motos « Djakarta ». On découvre aussi les habitudes locales, comme celle de ne pas avoir d’horaire pour le départ du bus, mais simplement d’attendre qu’il y ait assez de monde pour qu’il ne roule pas à demi vide.

Madame Bâ nous apprend aussi énormément sur la culture des différents peuples regroupés sous le drapeau malien : les Peuls, les Soninkés, les Griots,… et beaucoup d’autres encore. Autant de langues et de cultures différentes que l’on a bien souvent l’habitude de réduire à une seule nationalité.

Enfin, elle met à jour les inégalités, les injustices et une vision de l’Europe coloniale et des blancs aigre-douce, jusqu’à donner un coup de pied dans la fourmilière en parlant des enlèvements d’enfants pour venir grossir les rangs de certaines élites sportives. Le malaise du lecteur blanc s’installe et les prises de conscience s’enracinent chez celui ou celle encore capable d’empathie. On se met aussi vite à détester la bureaucratie et ses freins lorsque l’urgence devrait être une raison suffisante pour octroyer le laisser-passer nécessaire à une grand-mère désespérée.

Une chose en tout cas que fait extrêmement bien ce livre, si ce n’est vous plonger entièrement dans le Mali, c’est vous faire revoir vos privilèges.

Références

ORSENNA, Erik, 2016. Madame Bâ. Paris : Livre de Poche, 2016. ISBN 978-2-253-11246-4

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s