Buddy Longway

Si vous deviez me demander quelle bande dessinée m’a accompagnée durant ma préadolescence, laquelle j’ai le plus lu et celle qui m’a fait le plus voyager, je vous répondrai sans hésiter, Buddy Longway. Longtemps, c’est la seule série de BDs qui m’a intéressée et que je lisais assidument. Je dois cette découverte à ma marraine qui m’en a offert les deux premiers tomes un jour pour Noël. Je devais avoir 12 ans. Au départ, je n’étais pas particulièrement emballée. J’aimais lire, mais les BDs ça n’avait jamais été mon truc. Et puis, j’ai commencé un matin à la montagne, pendant que le reste de ma famille dormait encore, à parcourir le premier tome. Quand je l’ai terminé, je me rappelle m’être dit « oh non, déjà ?! » et m’être promis de davantage savourer le deuxième tome. Par la suite, ma marraine m’a offert les tomes suivants jusqu’au dernier, à Noël et mes anniversaires.

Buddy Longway c’est une histoire écrite et dessinée par Derib en vingt tomes, où l’on suit les traces de Buddy Longway, un trappeur qui vit dans l’Ouest Américain. Au début de l’histoire, Buddy débute dans le métier, c’est sa première saison de chasse et il se prépare à rejoindre le Fort pour passer l’hiver au chaud, lorsqu’il se retrouve à sauver de la capture une jeune indienne que des hommes blancs ramenaient au Fort… En sauvant la jeune femme, Chinook, Buddy fait preuve de beaucoup de courage, mais réalise aussi qu’il vient de se mettre à dos plusieurs hommes du Fort et qu’il a donc des ennuis. Ne sachant plus quoi faire, il décide de ramener Chinook dans son village. Commence alors toute une série d’aventures dans les grandes plaines de l’Ouest américain que je ne détaillerai pas pour vous laisser les découvrir par vous-même !

A travers les péripéties de Buddy et Chinook, nous traversons une trentaine d’années de l’histoire américaine du début de la colonisation de l’Ouest à l’établissement des réserves des indiens. Au côté de Chinook, Buddy voit petit à petit ses préjugés sur les indiens disparaître. Il apprend à connaître ces peuples, leurs coutumes et traditions, leur philosophie aussi. Son regard naïf de jeune colon (dans les premiers tomes) permet aux lecteurs de recevoir des explications simples même sur les choses les plus basiques et on apprend ainsi avec lui. C’est d’ailleurs intéressant aussi de voir la progression de Buddy : en âge d’abord, mais aussi en connaissances. Dans un des tomes de la série, il rencontre un couple de colons qui souhaite s’établir dans la région et Buddy les accompagne pendant quelques jours. On remarque alors que ces colons-là n’ont aucune idée de comment se comporter correctement avec les indiens, alors qu’ils sont sur leur territoire. Sans Buddy, ils n’auraient pas survécu longtemps…

Avec Buddy Longway, Derib nous permet aussi d’avoir un regard moins « occidental » sur la colonisation. On s’éloigne des livres d’histoire qui font la part belle aux « exploits » des colons et des armées pour prendre le point de vue des indiens et de leurs alliés. Dans plusieurs tomes de la série, Buddy se trouve confronté au Capitaine Ryan, membre de l’armée américaine et particulièrement agressif envers les indiens. A la tête d’un régiment de l’armée, il mène une guerre rancunière contre les peuples autochtones, massacrant sans distinction, guerriers, femmes et enfants. Dans ces tomes, on en apprend ainsi davantage sur la face sombre de la colonisation et sur la résistance mise en place par les indiens et leurs quelques alliés.

Enfin, une dernière thématique intéressante de cette série est l’identité des personnages et entre autre ce que cela signifie de se retrouver entre deux cultures. Attention Spoiler : Buddy et Chinook ont deux enfants, Jérémie et Kathleen. Buddy étant un homme blanc (aux cheveux blonds et aux yeux bleus) et Chinook une femme indienne, leurs enfants sont métisses. Si Kathleen est plutôt typée indienne avec des cheveux noirs et un teint caramel, ce n’est pas le cas de son grand frère, Jérémie, qui lui a le teint caramel aussi, mais les cheveux blonds de son père. Cette différence lui vaut d’être immédiatement pointé du doigt par les indiens comme par les colons qu’il croise, et il se retrouve à chercher dans quelle identité il se reconnaît le plus. Cette question est abordée dans plusieurs tomes et c’est intéressant de suivre le cheminement de Jérémie alors qu’il entre dans l’âge adulte, d’autant plus à une période historique où justement les blancs et les indiens se combattent pour obtenir ou garder leurs terres. Jérémie se retrouve alors déchiré entre deux cultures et deux identités, à un moment où il vaudrait mieux pouvoir facilement choisir un camp…

Un dernier mot encore sur la qualité des dessins de Derib, emplis de détails. Chaque planche est particulièrement soignée, les chevaux, les humains, les autres animaux et les paysages sont dessinés avec une précision impressionnante. Regarder ces pages donne envie de partir dans les grandes plaines à cheval, au grand galop et de laisser tout le reste derrière soi. A découvrir absolument !

Références

DERIB, 1994. Buddy Longway. Bruxelles : Lombard, 1994. ISBN 2-8036-0329-2 (tome 1)

Nota Bene : Buddy Longway n’existe plus qu’en éditions regroupant plusieurs albums en un seul volume, la référence de 1994 est donc un peu obsolète…

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