Aya de Yopougon

Aaya_yopvec le billet d’aujourd’hui, je vous propose un petit voyage, bien loin du froid de ces derniers mois, à travers une série de bandes dessinées de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie. J’ai nommé Aya de Yopougon.

Aya est une jeune femme vivant à Yopougon, une commune du district d’Abidjan (Côte d’Ivoire) (Yopougon 2021). Son histoire nous est racontée en 6 tomes et est inspirée de la vie de Marguerite Abouet. On y découvre la vie foisonnante de Yopougon, avec ses maquis (bars en plein air), ses coutumes et ses habitants. Tout au long de la série, on apprend à connaître Aya, une jeune fille plutôt sage et concentrée sur ses études, qui souhaite devenir médecin. On fait aussi la connaissance de sa famille, ses ami.e.s, ainsi que les familles de ses ami.e.s.

Au fur et à mesure de l’histoire, on découvre les vies imbriquées de plus en plus de personnages, les amies d’Aya, leur famille, leurs connaissances, etc. Des vies dont les tracés se lient et se délient au fil des pages, alliant petits mystères et surprises. De tome en tome, le lecteur se prend d’affection ou de compassion pour ces personnages très humains, qui ne font pas toujours les bons choix mais en assument ensuite (ou pas) les conséquences.

Les personnages sont très divers : une jeune femme qui tombe enceinte et se retrouve obligée d’épouser le père de son futur enfant, une autre qui décide d’ouvrir un centre de conseils de type « voyance » pour les jeunes filles en quête d’amour, un jeune homme illettré qui se découvre des compétences surprenantes en mécanique, un père de famille avec une double vie, une jeune servante obligée de retourner dans son village natal par un père persuadé qu’elle a fait fortune en vivant à la ville… Autant d’histoires qui nous ressemblent (ou non) et nous font nous interroger sur les nôtres.

Les thèmes abordés dans cette série sont multiples et je ne pourrai bien sûr pas tous les aborder ici. Notons simplement que parmi eux, on trouve l’émancipation de la femme (dans une société fortement patriarcale), l’homosexualité et l’idéalisation des pays occidentaux. Ce ne sont pas les seuls thèmes, mais je ne veux pas faire un billet trop long et si je vous spoile tout, vous n’irez plus lire la série…

L’émancipation de la femme… Vaste sujet, qui occupe aujourd’hui encore les médias. Dans cette bande dessinée ce qui est intéressant c’est qu’il y a beaucoup de personnages féminins et que ces femmes veulent maîtriser leur vie. Aya tout d’abord, qui en elle-même est déjà un exemple d’émancipation puisqu’elle n’aime pas qu’on lui dise ce qu’elle doit faire et fera tout pour accomplir ses rêves, sans laisser aucun homme lui en donner la permission. Mais aussi ses amies qui créent leur propre business pour être indépendantes et n’attendent pas qu’un homme les entretiennent. On sent d’ailleurs dans ces pages les différences entre les générations avec d’un côté les parents d’Aya et de ses amies qui suivent un modèle très classique « l’homme rapporte l’argent et la femme s’occupe du foyer » et d’un autre côté Aya et ses amies qui veulent être indépendantes et se suffire à elles-mêmes. De quoi en prendre de la graine !

L’homosexualité est aussi une thématique abordée dans ces bandes dessinées, d’abord discrètement, subtilement, puis avec un personnage « out » qui prend plus de place et se fait entendre. Je ne m’y attendais pas particulièrement, mais c’est vrai que cela fait toujours plaisir de voir apparaître un personnage LGBT. La seule chose qu’on pourrait reprocher à ce personnage, c’est d’être un peu un cliché (ce qu’on lui pardonne parce qu’il soulève quand même beaucoup de points de réflexion intéressants).

Enfin, l’idéalisation des pays occidentaux : c’est un cliché, peut-être, mais c’est comme cela qu’Abouet parle à travers ses personnages de l’Europe (la France essentiellement). On retrouve dans l’histoire un personnage qui vient de rentrer de France et qui se vente d’être un héro là-bas et un autre qui souhaite plus que tout s’y rendre pour y faire fortune et vivre sans répression. Ce qui est terrible en lisant ces planches – lorsqu’on sait ce qu’est vraiment l’Europe et comment elle traite ses migrants – c’est qu’on sait pertinemment que les rêves du personnage vont être brisés et qu’on ne peut rien faire… Mais cela donne à méditer.

Pour conclure, je dirais simplement que plus que de simples récits de vies, cette série est truffée d’informations sur la vie à Yopougon, sur la culture africaine et les rapports humains. On y découvre tout un vocabulaire local (explicité dans un lexique) et un dossier thématique à la fin de chaque volume permettant d’en apprendre plus sur les coutumes locales. Le tout sur un ton bienveillant et illustré par les dessins colorés d’Oubrerie.

Références

ABOUET, Marguerite et OUBRERIE, Clément, 2005-2010. Aya de Yopougon [vol. 1-6]. Paris : Gallimard, 2005-2010. Gallimard Bande dessinée. ISBN 978-2-07-057311-0 (vol. 1) ; ISBN 978-2-07-05788-6 (vol. 2) ; ISBN 978-2-07-061543-8 (vol. 3) ; ISBN 978-2-07-061995-5 (vol. 4) ; ISBN 978-2-07-062803-2 (vol. 5) ; ISBN 978-2-07-069512-6 (vol. 6)

Yopougon, 2021. Wikipédia, l’encyclopédie libre [en ligne]. Dernière modification le 12 janvier 2021 à 20:02. [Consulté le 14 février 2021]. Disponible à l’adresse : http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Yopougon&oldid=178730051

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