La malédiction du Lamentin

Repartons encore une fois en Afrique, si vous le voulez bien, au Mali et plus précisément à Bamako, sa capitale. C’est cette fois-ci entre les pages d’un court roman policier que nous allons parcourir la ville et ses alentours, nous plonger dans l’atmosphère du lieu et perdre notre regarde dans les méandres du fleuve Niger.

Dans La malédiction du Lamantin nous suivons le commissaire Habib Kéita et son inspecteur Sosso Traoré lors de leur enquête sur le meurtre d’Aliou Kouata, chef des Bozos du village de Korkini et sa femme Nassoumba. Au fil des pages, on découvre non seulement des indices, plus ou moins fiables, mais on apprend aussi un certain de nombre de choses sur le peuple Bozo, sur ses croyances et ses divinités. On se retrouve aussi bien souvent surpris ou intrigué par les méthodes de Habib et Sosso pour obtenir des réponses à leurs questions, et encore plus par les réactions de certains proches des victimes face à l’enquête des deux policiers. Je n’en dirai pas plus pour ne pas risquer de divulgâcher des détails importants.

Concernant les thématiques abordées dans ce livre, j’ai pu relever une dualité que je trouve plutôt intéressante et qui est mise en évidence sous la forme d’oppositions. Tout d’abord, il y a les croyances des habitants du pays. La plupart sont à la fois musulmans et animistes, ce qui les amène à croire en Allah comme en des génies. Si l’on s’arrête d’ailleurs un instant sur le nom du personnage principal, cette dualité saute aux yeux (enfin, si vous connaissez un petit peu les noms du coin) : Habib Kéita. Habib est un mot arabe qui signifie « chéri » et Kéita est un nom Malinké (ethnie présente entre autre au Mali) (Keita 2021). On se retrouve donc déjà avec un personnage principal qui porte un nom dual et, à mon sens, fédérateur.

Habib est un personnage assez intéressant. Il est un commissaire de police respecté de Bamako, pour qui le sens de l’honneur est primordial. Il aime Sosso comme son fils et ce dernier a l’art de le challenger et de l’interroger sur ses pratiques. Mais Habib est aussi un personnage particulièrement tranché. Comme lui dit sa femme dans le roman, il voit tout soit en blanc, soit en noir, mais jamais en gris, cela l’amène donc à manquer parfois de finesse et à prendre des décisions radicales plutôt que de faire des compromis. A noter encore qu’il est né au Mali et y a grandi, mais est parti faire ses études en France, avant de revenir à Bamako. Plusieurs de ses amis lui reprochent d’ailleurs de n’être plus tout à fait Malien, mais pas vraiment Français non plus, et surtout de ne pas être assez sensible aux coutumes du pays…

Au cours de l’enquête, Habib et Sosso vont se retrouver à de nombreuses reprises confrontés à la force des croyances populaires. Plusieurs fois, leur enquête sera mise à mal par les habitants du village des victimes, clamant que leur chef et son épouse ont été tués par la volonté du génie Maa qui les aurait foudroyé. De leur côté, Habib et Sosso sont en possession de faits et indices prouvant l’inverse, mais se retrouvent pressés de mettre fin à leurs recherches, non seulement par les villageois, mais aussi par des instances plus hautes placées. Que faire alors, lâcher prise et conclure qu’il s’agit là de morts accidentelles ? Ou continuer coûte que coûte, malgré les promesses de malédiction ?

Notons encore que ce roman regorge de petits clins d’œil à la vie à Bamako, autant pour son marché, ses nombreuses motos, ses boulevards encombrés de voitures, taxi, bus SoTraMa et badauds, mais aussi pour ses agents de la circulation qui n’hésitent pas à donner un coup de sifflet et arrêter sans raison un chauffeur dans le but d’obtenir une petite compensation en Franc CFA (véridique !).

Pour conclure, je dirais que ce roman est certes un roman policier, car il comprend une enquête qui est la trame principale du roman et que les personnages principaux sont des enquêteurs, mais ce livre ne se réduit pas à cela. Au fil des pages, Konaté nous permet d’en apprendre davantage sur Bamako, sur Kokrini et sur le Mali. A travers les rencontres que font Habib et Sosso, on découvre les coutumes locales et même si les descriptions sont plutôt succinctes, cela permet de se faire une idée de la vie dans la capitale malienne et d’en percevoir un peu les couleurs.

Références

KONATE, Moussa, 2009. La malédiction du Lamantin. Paris : Points, 2009. Policier n°2321. ISBN 978-2-7578-1654-7

Keita. Wikipédia : l’encyclopédie libre [en ligne]. Dernière modification le 1er janvier 2021 7:22. [Consulté le 27 mars 2021]. Disponible à l’adresse : http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Keita&oldid=178270692

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