L’École des soignantes

Le livre à l’origine de ce billet, je l’ai attendu longtemps… Quand j’ai lu Le Chœur des femmes en 2018 – que l’on peut considérer être le préquel de L’Ecole des soignantes mais qu’il n’est pas absolument nécessaire d’avoir lu pour en comprendre l’histoire – j’ai été complétement subjuguée par cet univers et par la fluidité de l’écriture de Winckler. On me l’avait énormément recommandé et j’avais fini par céder… Avant de me faire prendre par l’histoire et de dévorer ce livre de 671 pages en cinq jours (soyons claire, cela ne m’arrive JAMAIS). Je voulais donc immédiatement la suite. Sauf que la suite n’était pas encore sortie et qu’ensuite, j’ai voulu attendre que le livre soit en « poche ». Bref, j’ai attendu presque 3 ans de pouvoir lire L’Ecole des soignantes.

L’Ecole des soignantes, c’est un roman d’anticipation qui reprend certains personnages du Chœur des femmes, et démarre une trentaine d’années plus tard. L’histoire prend place en 2039, dans un univers quelque peu étrange où les voitures sont autonomes, le papier est devenu une rareté et le climat est stabilisé. Nous suivons une résidente, Hannah Mitzvah, qui débute sa formation au pôle Psycho du Chht ! (Centre hospitalier holistique de Tourmens). Dans ce monde, une région française se prête à une expérience médicale surprenante : le corps médical a été complètement réorganiser pour abolir la hiérarchie. Chaque personne qui souhaite soigner entre à l’Ecole des soignantes et débute sa formation « en bas de l’échelle ». De Soignante Pro, elle passe ensuite à Panseuse, puis Résidente et enfin Officiante dans une des ailes du Chht !. Au cours de sa formation, une soignante peut décider à tout moment de rester au poste qu’elle occupe et ne plus gravir les échelons. Les soins sont orientés sur les soignées et leur bien-être est la priorité. Enfin, il a été décidé d’utiliser le féminin pour parler des soignantes/soignées, même s’il s’agit d’homme.

Dans cet univers bien différent du nôtre, nous suivons donc Hannah dans son parcours de soignante. Au fil des chapitres, on en apprend plus sur sa vie et son histoire, sur sa sensibilité et les personnes qui ont marqué son existence. On découvre aussi comment fonctionne le Chht ! et on se familiarise avec ce nouveau vocabulaire qui ne nous est pas forcément intuitif. Et puis, on fait des rencontres avec Hannah, entre autre celle de Djinn et Renée que l’on retrouve après les avoir laissées entre les pages du Chœur des femmes, mais aussi Santal, Alma ou encore Manon. Petit à petit, les histoires se multiplient et il ne s’agit plus uniquement de celle d’Hannah mais de bien des autres dans lesquelles on se plonge avec curiosité et intérêt.

De ce roman, plusieurs choses sont intéressantes à retenir. Déjà, il est écrit majoritairement au féminin, et je ne veux pas dire par là qu’il passerait aisément le test de Bechdel-Wallace (même si c’est effectivement le cas), mais que tout le vocabulaire et la manière de parler des personnages est au féminin. La majorité des protagonistes sont des femmes et ces dernières échangent entre elles à propos de leurs soignées ou des soignantes (qui, je le rappelle, sont genrées au féminin même si ce sont des hommes). Lorsqu’un groupe est composé majoritairement de femmes, mais comprend aussi des hommes, et que ce groupe parle de lui, il se définit avec des adjectifs au féminin. Bref, presque tout ce livre est écrit au féminin et cela peut-être un peu déroutant au départ. En lisant L’Ecole des soignantes, j’ai réalisé à quel point la société nous a habitué à tout mettre au masculin, même lorsque les femmes sont majoritaires. Au début, je tiquais beaucoup lorsque les adjectifs étaient au féminin ; c’était comme un rappel que peu de choses sont féminisées dans la langue française actuellement et cela me mettait presque mal à l’aise parce que je n’avais jamais vraiment remis en question ce que j’avais aveuglément appris à l’école. Et puis au bout de cent pages, c’est devenu la norme dans ma tête pour cette lecture, mais cela m’a donné envie de faire des recherches sur l’écriture inclusive, mais aussi de faire plus attention à ma manière de parler et d’écrire.

Un autre point qu’il est intéressant de relever, c’est la présence de personnages LGBTQIA dans l’histoire. Dès les premiers chapitres, on découvre l’existence de plusieurs couples LGBT, d’un personnage asexuel, on se rappelle de l’existence dans cet univers d’un personnage intersexe et surtout on réalise que les couples LGBT sont davantage la norme que les couples hétéros. Et, faut-il le dire, pour une fois, ça fait plaisir. C’est déroutant aussi, parce que pour ma part en tout cas, je suis un peu habituée à devoir faire avec « le peu qu’il y a » mais dans ce livre, il y a l’embarras du choix pour trouver une personne à laquelle on peut s’identifier. Et ça fait du bien !!

Enfin, je dirais que le choix du genre de l’anticipation m’a un peu surprise, même si c’était annoncé en quatrième de couverture. Un monde basé sur le nôtre mais vingt ans après notre époque, ça laisse songeuse. Déjà parce que le monde comme le dépeint Winckler est quand même très différent du point de vue de la technologie. Il y a des hologrammes et des tablettes partout, le papier est une denrée rare et les voitures autonomes sont devenues la norme. Certes on n’en est pas très loin, mais quand même. On se retrouve dans cet univers étranger, très sciences fiction, à débattre de la qualité des soins données aux femmes et ça fait beaucoup à engranger. C’est peut-être la seule chose que je reprocherai à ce livre, être allé un peu trop loin au niveau technologique et avoir dépeint un univers trop éloigné de notre réalité actuelle, ce qui empêche de s’y reconnaître. Après… Peut-être qu’en 2039 je relirai ce billet et je me dirai « oh lala si tu savais ma veille » (facepalm).

Références

WINCKLER, Martin, 2019. L’Ecole des soignantes. Paris : Folio, 2019. ISBN 978-2-07-288334-7

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