Red Road

redroadPetit retour vers la bande dessinée cette semaine avec Red Road, une histoire qui a accompagné la fin de mon adolescence et que ma marraine m’a offerte une fois la série des Buddy Longway achevée.

Red Road c’est en fait deux histoires : celle de Celui qui est né deux fois et celle de Red Road. Sur le quatrième de couverture de ma version (un seul volume qui regroupe sept BDs), on représente ces deux histoires comme deux époques et c’est comme cela que je vais vous en parler.

La 1ère époque, celle de Celui qui est né deux fois, raconte la vie d’un Amérindien au début de la colonisation par les Européens. D’abord nommé Pluie d’orage quand il est enfant, puis Celui qui est né deux fois à l’âge adulte, le héros nous fait découvrir la vie des Amérindiens avant l’intervention des blancs. On découvre ainsi toute une culture, des traditions et une histoire souvent délaissée au profit d’une vision monochrome des événements. Celui qui est né deux fois se découvre des pouvoirs spéciaux en grandissant et devient ensuite homme médecine pour sa tribu. On l’accompagne à travers les pages de cette bande dessinée dans toutes les étapes de sa vie, ses rêves et ses visions, ainsi que les épreuves lui octroyant le droit de devenir un guerrier.

Cette époque nous offre donc la possibilité de plonger directement dans la culture amérindienne. On se retrouve à contempler le monde avec un autre regard et on comprend aussi mieux ce qu’il s’est produit aux Etats-Unis autour des débuts de la colonisation. Cette histoire parle également d’écologie, puisqu’en observant les Amérindiens et leurs pratiques, notamment de chasse, on réalise que leurs activités se faisaient en parfaite harmonie avec la nature. Chaque bison tué était remercié, et tout son corps utilisé : la viande pour se nourrir, la peau pour se vêtir, les tendons pour coudre ou faire des cordes d’arc, les os pour fabriquer des outils, etc. Cela ressemble fort à de l’économie circulaire où chaque chose est utilisée à son maximum ou transformée pour retrouver une autre utilité et je trouve cela particulièrement inspirant à une période comme la nôtre où nous surconsommons et jetons régulièrement des objets prétextant qu’ils sont hors d’usage. Il serait peut-être temps de se remettre en question et de réfléchir à nos choix de consommation.

La 2ème époque est celle de Red Road. Nous sommes catapultés cent cinquante ans après Celui qui est né deux fois (autour de 1990) dans la réserve Sioux Oglala de Pine Ridge dans le Sud Dakota. Là, nous faisons la connaissance d’Amos, 16 ans, et de sa famille ; son père constamment ivre, sa petite sœur Alyssa et ses grands-parents. On apprend aussi rapidement que sa mère est morte en couche et que son père ne s’en est jamais remis… Dans cette ambiance qui semble bien éloignée du monde ce Celui qui est né deux fois, nous apprenons avec Amos, en écoutant le récit de son grand-père, ce qu’il s’est passé à l’arrivée des blancs en Amérique. Le carnage des bisons tués pour le plaisir par des colons, la construction d’un chemin de fer traversant les grandes plaines, les dégâts de l’alcool (l’eau de feu) offert aux Amérindiens en échange de leurs terres, et pour finir, la construction de réserve pour parquer les Amérindiens et les ostraciser. Cette remise à niveau historique est un tremplin pour la suite de l’histoire pendant laquelle Amos se retrouve isolé de sa famille pendant des mois et part à la recherche de ses racines.

Cette histoire-là est un véritable coup de poing car elle nous plonge dans une réalité que l’on voudrait ne pas connaître ou ne pas voir. Pourtant, ces réserves pour Amérindiens existent toujours et les personnes qui y vivent ne connaissent toujours pas l’égalité des droits qu’ils et elles méritent. Ils sont souvent maltraités par les blancs du coin, on leur refuse des emplois ou même de faire entendre leur voix, simplement parce que dans l’imaginaire collectif américain, ils ne sont pas égaux face aux blancs. Ce genre d’avis a le don de me mettre hors de moi, en particulier en sachant tout ce que les colons ont fait pour détruire les cultures amérindiennes et réduire au silence toute une civilisation. Si les réserves en sont un exemple évident, il y en a un autre moins connu, celui du Mont Rushmore. Vous savez, la montagne dans laquelle ont été taillé les visages de George Washington, Thomas Jefferson, Theodore Roosevelt et Abraham Lincoln (Mont Rushmore 2021) ? Eh bien il s’agissait d’un territoire sacré pour les Amérindiens Lakota, appartenant à la chaîne de montagnes des Black Hills et que les Américains ont récupéré par la force, avant de se l’approprier définitivement en y gravant les visages d’anciens présidents…

Tout cela est abordé dans Red Road, à travers la sensibilité d’Amos, et ses pérégrinations nous emmènent avec lui à la recherche d’un sens à toute cette histoire et à sa propre vie. Red Road et Celui qui est né deux fois provoquent de véritables montagnes russes émotionnelles, entre fascination, apaisement, curiosité et tristesse, colère, incompréhension… C’est une lecture relativement facile pour toutes personnes intéressées par l’histoire amérindienne et de la colonisation des Etats-Unis. Je la recommande vivement !

Références

DERIB, 2007. Red Road. Bruxelles : Le Lombard, 2007. ISBN 978-2-8036-2275-7

Mont Rushmore, 2021. Wikipédia, l’encyclopédie libre. Dernière modification le 13 mai 2021 à 15:33. [Consulté le 22 mai 2021]. Disponible à l’adresse : https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Mont_Rushmore&oldid=182866529

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